Herbier

L‘école Jules-Ferry, à Bourges est située au pied du beau jardin de Lazenay. En 2016-2017, les écoliers et leurs instituteurs ont reçu, avec les mille univers, le jardinier et paysagiste Gilles Clément. Avec Gérald Kauffer, animateur et jardinier, avec Gilles Clément, ils ont découvert et exploré le jardin en mouvement voisin. Ils ont réalisé un herbier scientifique dont ils vous transmettent quelques pages.

 

PDF herbier

 

école Jules-Ferry

Jardiner sans se casser le dos

J’ai rencontré Constance par une belle journée ensoleillée, il y a quelques mois au cours d’un papier que je faisais sur les potagers bios dans le Boischaut. Nous avons très rapidement sympathisé .

C’est une femme dynamique, pleine d’énergie, vive et souriante. Elle m’a parlé de son potager « anti-mal au dos », et nous avons convenu d’un rendez-vous pour alimenter mes articles.

« C’est pas compliqué pour me trouver, c’est à côté de la Poste, au milieu du village, un grand portail vert » m’a-t-elle indiqué. Munie de son adresse, je programme mon GPS. Effectivement je trouve très facilement, et je sonne au portail.

Elle m’accueille ceinte d’un tablier fleuri « je l’ai brodé moi-même » confie t- elle. De sa poche dépasse un sécateur et une paire de gants. A peine le portail refermé, je découvre sa maison complètement isolée de la route, elle est en grès rose, sa cour est ornée de fleurs en pots et en jardinières, une pancarte suspendue aux volets indique qu’elle habite chez ses chats…

Constance m’entraîne dans son jardin et effectivement je vois au moins trois chats qui se prélassent dans l’herbe. Tout dans ce jardin est harmonie, couleurs et agencement se mariant avec goût. Ce petit jardin est entouré d’un mur en pierre de grès rose ce qui lui donne une allure de jardin de curé d’antan. Une haie de lilas en fleurs à cette saison embaume, le chèvre-feuille, le cerisier, les pêchers sont eux aussi fleuris, les rosiers sont en bouton tandis que les camélias commencent à perdre leurs couleurs. Deux petites tables rondes, l’une verte, l’autre violette, installées sous les lilas invitent à la lecture ou à la rêverie. Constance m’invite à prendre une chaise, elle a préparé thé et pâtisseries.

Elle m’explique avec enthousiasme : « voilà je commence vraiment à avoir mal au dos et je ne veux plus bêcher, alors j’ai eu l’idée de faire des mini potagers que je délimite avec des pierres de grès rose. Au milieu j’ai disposé des cartons, des feuilles séchées, des brindilles et deux pelletées de mon compost puis de la terre. J’arrose le tout généreusement. J’ai fait un rectangle pour les tomates, un triangle pour les salades et un rond pour les poivrons et les haricots verts.  J’ai mis mes plants et ça à l’air de prendre.»

Je remarque que ces figures géométriques transformées en mini potager sont tout à fait bien intégrés.

Je la quitte à regret. Je prends une photo, elle devient timide, lisse son tablier, mais se prête à l’exercice sans problème. Elle me raccompagne et se retourne pour me demander : « c’est pour quel jour la parution de votre article ? »

 

atelier des Trois-Sabots

Bientôt deux jardins de Gilles Clément dans le Cher !

En plein cœur de l’hexagone, le département du Cher regorge de richesses. D’une part un riche patrimoine bâti : Cathédrale de Bourges, Palais Jacques Cœur et abbaye de Noirlac pour n’en citer que trois. D’autre part, un patrimoine naturel que le département a à cœur de mettre en valeur : 17 espaces naturels sensibles ont été répertoriés et proposés aux regards et à la sensibilité des amateurs. Voici que s’ajoutent à cette luxuriante palette deux jardins signés Gilles Clément : le jardin en mouvement de Lazenay, à Bourges, déjà opérationnel, et en préparation, le jardin de l’abbaye de Noirlac dont les premiers travaux vont débuter cet automne, avec une date de livraison prévue en 2020. Quel autre département peut se glorifier d’offrir au public local et de passage deux créations de ce maître incontesté de l’art du jardinage, venant amplifier une attractivité déjà forte ?
Faisons si vous le voulez bien un zoom sur l’abbaye de Noirlac, joyau architectural, riche d’un environnement naturel particulier, qui va bientôt se parer d’un jardin dessiné par Gilles Clément.

Noirlac, à quelques encablures de Saint-Amand-Montrond, présente la chance inouïe de rassembler ces trois atouts. D’une part, une abbaye dont la création remonte à 1236 ou 1250 selon les sources historiennes, et qu’une communauté cistercienne occupa de sa création à 1790, lorsque le bâtiment fut vendu comme bien national. Heureusement, l’installation d’une longue série d’activités industrielles ou sociales (porcelainerie, orphelinat, hospice, abri pour des réfugiés de la guerre d’Espagne, etc) lui évita le démembrement comme carrière de pierres et lui permit de traverser les deux siècles suivants, malgré une physionomie bien abîmée. En 1909, le département du Cher en fit l’acquisition et débuta alors une longue période de restauration dont on peut constater les plus récents aménagements actuellement.

Présentement, l’abbaye de Noirlac est un Centre Culturel de Rencontre et mène une intense activité de propositions culturelles (musicales surtout).  Sa mission : la rencontre du passé avec la modernité, des artistes avec le monument, des publics avec la création artistique. Exigeant projet mené par une équipe dynamique et chaleureuse.
Le deuxième atout de ce lieu est d’être au cœur d’un espace naturel sensible : le bocage de Noirlac. Cet espace de 300 hectares environ dont 71 ont été acquis par le département, est un écosystème façonné par le Cher, qui abrite une faune et une flore particulière, territoire d’investigation scientifique et plaisir pour le promeneur. En effet, suite à une série de missions de recensement visant à établir un état des lieux de ces richesses, un circuit balisé a été installé sur cet espace, ouvrant cet espace aux piétons et aux naturalistes amateurs. Des visites thématiques sont proposées à un rythme régulier. Et déjà, est à l’étude le raccordement de ce chemin avec le circuit du lac de Virlay qui permettrait la liaison piétonne entre Saint-Amand et Noirlac.

Enfin le jardin de Gilles Clément, en gestation, viendra couronner cet ensemble architectural et naturel d’une grande qualité, renforçant, l’espèrent ses financeurs, l’attractivité de ce territoire.

Profitant de la coïncidence des débuts des travaux du jardin de Gilles Clément et de la fête des jardins (2 et 3 juin cette année), le conseil départemental a souhaité qu’une action d’envergure soit menée, en concertation avec l’abbaye de Noirlac. Ainsi ces deux jours festifs sont l’occasion de rencontres, d’animations, de rencontres autour de la culture et de la nature.

Ce journal, préparé par une très vaste équipe d’écoliers (une classe de CM2 de Bourges et trois des environs de Saint Amand), de collégiens (une classe de 4° SEGPA de Bourges et une de Saint Amand) et d’adultes (CCAS du Val d’Auron à Bourges et l’atelier écriture des Trois Sabots de l’Etelon) est le fruit d’une année de travail (recherches, échanges, écriture, approche du journalisme) sous la houlette des Mille Univers, association de Bourges.

Ces deux jours festifs sont l’occasion de rappeler que le département est attaché à la valorisation de ses richesses patrimoniales et culturelles. Et également de rendre hommage au constant travail du Centre Culturel de Rencontre de l’Abbaye de Noirlac, dont la mission est de rassembler un public de plus en plus large autour d’une culture de qualité pour tous.

 

atelier des Trois-Sabots

 

Conversation cocasse

Conversation entre Têtard et Guêpier enregistrée à leur insu dans le bocage de Noirlac par un promeneur solitaire et diffusé sur Radio Berry Sud le 20 mai 2018.

 

T_ Vous voilà de retour,vos chants doux, roulés, répétés m’ont alerté on ne peut pas vous louper avec vos couleurs arc-en-ciel et l’iris rouge de votre œil.

G_Oui je retrouve le bocage et n’ai pas changé la teinte de mon plumage.

T_Quand nous avez-vous quittés, ça me semble si loin ?

G_En août 2017.

T_ Une fort longue absence ! Pour vous rendre où au fait ?

G_L’Afrique, le Sahara, il fait trop froid ici l’hiver.

T_ Mazette ! Ce n’est pas étonnant que vous soyez aussi ébouriffé, vous devez en avoir plein les pattes.

G_Les ailes vous voulez dire, il faut être scientifiquement exact.

T_Et que faites-vous sur ma branche sèche ?

G_ Je guette, je guette….

T_ Mais quoi ? L’endroit est sûr, quel besoin de guetter ?

G_Ma nourriture voyons ; près de vous ça s’envole, ça bruisse, ça bourdonne :hyménoptères, orthoptères, coléoptères, autant de mets de choix pour moi. Et bien vous en faites une trogne !

T_ Bon sang vous n’avez pas peur ?

G_ Nullement rassurez-vous, j’attrape ce petit monde en vol, je rejoins ma branche morte pour déguster mais je suis de nature prudente : je cogne mes proies contre la branche à plusieurs reprises pour enlever le dard et bien m’assurer qu’elles sont devenues inoffensives ; ce que je ne digère pas je le rejette sous forme de pelote.

T_Une pelote ? Une pelote de laine ?

G_Non, soyons sérieux c’est une pelote tout à fait en accord avec ma corpulence de la taille d’une olive.

T_Votre corpulence ? Ce mot ne vous sied guère, vous pesez combien ?

G_Difficile à dire chez les Méropidés on ne connaît pas le mètre ni la toise et encore moins la balance terraillon mais d’après les ornithologues notre poids varie entre 44g et 78, notre taille est d’environ 28cm, notre envergure oscille entre 44 et 49 cm.

T_Dites donc votre alimentation m’intrigue, les cinq fruits et légumes vous vous en moquez ? Pas la moindre petite graine, pas le moindre petit morceau de fruit ou pas la moindre petite baie

G_ Et bien non, j’aime ce qui vole, ce n’est un hasard si je me nomme Guêpier.

T_ Ah ! Pas pensé à ça !

G_Les anglais m’appelle bee eater, pas très exact scientifiquement ; je ne me nourris pas que d’abeilles même si c’est mon mets de prédilection.

T_L’endroit vous plaît ?

G_ Oui, absolument, calme, serein de quoi faire mon nid.

T_Comment ça ?

G_Avec ma compagne et parfois quelques congénères nous creusons une galerie qui peut aller jusqu’à un mètre cinquante de long dans le sable des berges pour nos futurs petits. Dur travail, nous enlevons entre 7 et 12kg de terre.

T_ Par ce temps de pluie quel guêpier ça doit être !

G_ Pardon ?

T_ Quel bourbier! Pardonnez mon erreur. Ces travaux de forage explique sans doute votre bec un peu …disons un peu éraillé. Des petits vous en attendez combien ?

G_Il y aura 4 à 7 œufs dans le nid.

T_Et après la ponte les heureux événements c’est pour quand ?

G_Trois semaines environ.

T_ Vous ne craignez pas d’être dérangé ? Regardez ce troupeau qui batifole, décidément c’est la saison des amours.

G_ Non,je viens d’arriver et dans quelques jours les troupeaux n’auront plus accès aux rives du Cher. Ici on nous aime, on nous cajole, on nous protège. Je ne veux pas paraître prétentieux mais j’ai vu une pancarte dans les tons de vert moussu où l’on parlait de moi, de mon élégance, de ma beauté ; vous comprenez pourquoi je reviens chaque printemps.

 

Têtard : arbre ayant été étêté périodiquement pour le bois de chauffage ( Allier) on dit aussi têteau (Allier ouest, Cher, Indre)

(dictionnaire du français régional du Berry Bourbonnais, P. Dubuisson M. Bonin )

Guêpier d’Europe : passereau, plus petit que le merle et se nourrissant surtout d’abeilles et de guêpes

(dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, P.Robert)

 


Interview du Triton crêté ( Triturus cristatus)

Le 22 mars 2018 aux alentours de l’Abbaye de Noirlac.

Je suis depuis peu journaliste à « La cause des tritons ». Un triton crêté a accepté de me rencontrer après une longue période d’hibernation, six mois environ, passée parmi des racines d’arbres.
Ce surprenant « petit lézard », qui n’en est pas un, a une peau granuleuse, on pourrait dire verruqueuse, grisâtre, brunâtre, ponctuée de points noirs. Il mesure quelque 12 centimètres et l’intérieur de ses pattes est d’un jaune orangé. Ses doigts, cinq à chaque pattes, sont jaunes, annelés de noir, non palmés. Il est doté de deux crêtes, l’une dorsale, l’autre caudale, en effet, il porte une queue, assez longue et aplatie.
Il m’a semblé pressé d’en finir au plus vite avec cette interview ! Je l’ai interrogé à ce sujet.

Triturus cristatus – Je dois trouver, au plus vite, une mare ou une fontaine pour y rejoindre une femelle.

– Quel est votre projet, exactement ?

TC – M’accoupler à elle pour nous reproduire, évidemment !

– Excusez mon indiscrétion, mais comment vous y prenez-vous ?

TC – Eh bien, , vous remarquerez que mes couleurs se sont accentuées, le bleu plus marqué, le jaune plus vif, c’est ma livrée, mon costume, en quelque sorte, que je revêts pour la danse nuptiale que je vais effectuer devant elle : elle est plus grande que moi, certes, mais sans crête, je dois pourtant la séduire, après avoir écarté tout rival !

A cet instant-là, une odeur assez forte a frappé mes narines, elle ne m’était vraisemblablement pas destinée !

– Mais vous avez quel âge ?

TC – Trois ans depuis hier, je suis fin prêt !

Sa crête s’est alors redressée !

– Et après, que se passera-t-il ?

TC – Après,… après nos étreintes, elle déposera des œufs sur des plantes aquatiques, pendant une longue période. Vous savez nous pouvons en produire entre 200 et 300 !

– Et ces œufs, que deviennent-ils ?

TC – Ils vont éclore au bout de deux semaines, puis ce seront des larves dont les branchies se résorberont et des pattes apparaîtront et après deux ou trois mois, nos descendants pourront vivre aussi sur la terre.

– Et vous, que deviendrez-vous alors ?

TC – Oh ! Je mènerai une vie amphibie de six mois, sur terre et dans l’eau.

– De quoi allez-vous vous nourrir ?

TC – D’insectes, de larves de moustiques, d’araignées, de vers et mêmes de larves ou d’œufs de grenouilles, de limaces ou encore de chenilles, je suis un carnivore ! Mais ne craignez rien ! Je n’ai pas de venin, pour votre espèce, je suis parfaitement inoffensif !

– Et vous-même, êtes-vous menacé par des prédateurs ?

TC – Bien sûr ! Dans l’eau, les poissons, sur la terre, les hérissons, les mulots etc…se délectent de nous ! Notre espérance de vie est de dix ans, en moyenne ! Croyez-moi, ma vie n’est pas un long fleuve tranquille ni un chemin dénué d’embûches !

– Avez-vous de la famille, plus ou moins éloignée ?

TC – Oui, les salamandres sont ma grande famille, et certains de mes cousins tritons sont palmés ou marbrés ou ponctués, selon les régions où ils vivent, mais je suis le plus grand.

– Vous portez un nom, célèbre, qui vous fait honneur !

TC – Oui, Triton, dieu de la mer chez les Grecs, était le fils de Neptune et d’Amphitrite, c’est votre espèce qui nous a nommés ainsi !

– Savez-vous que notre espèce, surtout dans le bocage de Noirlac, vous protège , et pourquoi ?

TC – A vous de me le dire, mais je suis pressé, ma belle m’attend.

– En fait, nous devons faire en sorte que vous ayez toujours des espaces aquatiques, et que votre eau ne soit pas polluée par nos produits chimiques !

 

atelier des Trois-Sabots

 

Chopin et le jardin de Nohant

Pendant les neuf années de leur liaison de 1838 à 1847, George Sand et Frédéric Chopin passèrent sept étés dans la demeure de la romancière à Nohant (Indre). Il y composa une grande partie de son œuvre pour piano.

Pendant cette période sa créativité est exceptionnelle. Et, il n’est pas exagéré d’écrire que l’écrin magnifique dans lequel il vivait alors, participait d’un enchantement poétique et pianistique.

De sa chambre, il voyait les deux cèdres plantés pour chacun des enfants de George : Maurice et Solange. A leurs pieds, un large bassin où se reflétait la demeure bourgeoise de sa maîtresse. Chopin ne peut échapper ni à la nature qui l’entoure, ni au superbe jardin que Sand a créé. Les parterres fleuris d’où s’élancent des rosiers, les allées sauvageonnes conduisant au verger, les contre-allées arrivant au potager. Le petit bois où bosquets et grands arbres grandissent en harmonie dans les senteurs des fleurs annuelles colorant les ombrages. Chopin est extrêmement sensible, non seulement au charme des lieux, mais à leur tranquillité. Seuls les chants des mésanges, pinsons, pics verts ou épeiches, merles et bouvreuils sonnent à ses oreilles musiciennes.

La quiétude du jardin harmonieusement ordonné par Sand et la proximité d’une superbe nature permettront à Frédéric Chopin de composer dans la paix et le bonheur. Une frénésie de travail l’a gagné grâce à la quiétude de la roseraie : il compose Fantaisies, Berceuses, Ballades, Etudes, Scherzos, Mazurkas, Polonaises. Il est probable que la lumière de Nohant l’ait atteint au plus profond et que son génie créateur en ait été illuminé. Le piano « Pleyel » mis à sa disposition fut un moment très important pour le compositeur. Et de la fenêtre ouverte de sa chambre, s’envolaient les notes de ses œuvres.

Les musicologues nous apprennent que Chopin ne puisa pas son inspiration d’après des œuvres littéraires ni ne répondait à un quelconque état sentimental. Sa musique reste abstraite, épurée, classique, romantique mais jamais romanesque dans ses intentions. George Sand dit de lui dans son  Lucrezia Floriani : «… en musique, comme en littérature, comme dans l’habitude de la vie, tout ce qui rapproche du mélodrame lui était un supplice. Il repoussait le côté furibond et frénétique du romantisme, il ne supportait pas l’ahurissement des effets et des excès délirants…. »

Le jardin de Nohant touchant et inspirant a, sans nul doute, permis à Frédéric Chopin d’exalter sa musique et de nous la transmettre au travers des siècles. Le jardin de Nohant dont Sand disait : « Laissez verdure ».

 

atelier des Trois-Sabots

Projet de jardin par des élèves

Nous, élèves de 5e1 et de 4e1 du collège Jean-Moulin de Saint-Amand-Montrond avons collaboré avec Guilain Roussel, paysagiste et ancien élève de Gilles Clément, et Vincent Vergone, artiste et fondateur de la compagnie Praxinoscope. Nous avons aussi été accompagnés d’autres intervenants (Xavier Mathias, Emilie Frezza) pour mettre en œuvre un jardin médiéval.

En effet, dans le cadre du projet avec l’abbaye de Noirlac, plusieurs jeudis (journée entière) et vendredis (matin), nous réalisons un jardin médiéval derrière les bâtiments de la SEGPA pour les raisons suivantes :

  • Nous avons travaillé sur le jardin de Noirlac, qui est un jardin médiéval imaginé par Gilles Clément
  • Nous avons le projet de transformer le jardin de la SEGPA à la manière de cet artiste
  • Nous avons l’intention de planter des fruits (fraises), des légumes (pommes de terre), des plantes aromatiques (menthe, thym, persil, basilic, romarin) et des tinctoriales : ces plantes servent à donner du goût aux plats et à faire des teintures.

Ce jardin va également nous permettre de voir comment poussent les plantes et quelles sont les techniques pour cultiver sans produits chimiques, écologiquement et avec une meilleure qualité.

Actuellement, nous sommes en train de faire ce jardin médiéval avec des haies, du tressage et des buttes de terre en lasagnes. Le tressage est fait avec de l’osier vivant, tandis que les buttes de terre en lasagnes sont composées de plusieurs couches : fumier de cheval, terre, verdure (orties), copeaux de bois et carton. C’est grâce à cela que les légumes vont pouvoir pousser mieux et rapidement.

 

 

élèves du collège Jean-Moulin

Poétique en jardinière N°2

Regards croisés

 

Le Nôtre, créateur, régnait sur son jardin

Ses jardiniers castraient la nature rétive

L’œil des passants surpris suivait les arabesques

Des ifs et des buis aux formes géométriques

L’enfant et son cerceau respectaient les allées

Les abeilles cherchaient vainement le nectar

 

Quand un trèfle égaré leur servait de pitance

Le Créateur grondait pour cette négligence

L’enfant parfois piqué voulant cueillir la fleur

Auprès du jardinier cherchait le réconfort

Arbustes et futaies jouissaient du répit

Tandis que le passant mirait la perspective

 

Le promeneur errait entre les labyrinthes

Les abeilles fuyaient, en quête d’orangers

Les topiaires arboraient leurs sculptures bestiaires

L’Architecte admirait son œuvre magistrale

Cisailles, sécateurs claquaient dans l’air du soir

L’enfant aurait voulu jouer à la marelle

 

Les enfants aujourd’hui s’approprient la nature

Les adultes aussi, qui flânent au jardin

Le jardinier observe, écoute le biote

Abeilles en essaims butinent à leur gré

Gilles le Créateur, de nature clémente

Laisse batifoler coquelicots, bleuets

 

Herbes folles dès lors êtes les bienvenues

Têtes blondes jouez avec les papillons

L’architecte Clément joue la diversité

Pour l’œil du promeneur c’est un étonnement

Le miel coulant à flots tel un nectar divin

La friche apprivoisée ravit le jardinier

 

L’horloger des jardins n’est plus un castrateur

Buissons ardents ou non peuvent s’épanouir

Sous les bourdonnements des abeilles mutines

Les rires enfantins des classes botaniques

Les soupirs amoureux que la nature éveille

Le nouveau Créateur a gagné son pari

 


Tilleuls

 

Déracinez-moi déracinez-moi

Grattez frottez mes griffes cramponnées

Depuis trois cents ans, dans la terre, profondément ancrées

Saturées des mémoires anciennes, de secrets fossilisés

De souffrances encapsulées, enkystées

Jusqu’aux rugueuses protubérances de mon corps endolori.

 

Libérez-moi de la gangue qui emprisonne ma sensibilité

Racontez-moi les autres cieux, les soleils qui brûlent

Les neiges éternelles, les glaciers effondrés, les éruptions volcaniques

Les îles désertes, les oasis salvatrices, les tempêtes destructrices, les alizées

Les ocres des dunes, les couchants diaprés

 

Soulevez les voiles de mes paupières immobiles

Endormies dans la guimauve du temps

Faites chanter les couleurs océanes, exploser les bleus électriques

Les rouges sulfureux, les ocres, les briques, les oranges mécaniques

Emmenez-moi sur les plus hauts sommets danser d’extravagants ballets

Cheveux au vent dans la féérie de l’instant

 

 

Déracinez-moi déracinez-moi

Dénudez mes racines tentaculaires

Qu’elles frissonnent vibrent et frémissent

Qu’elles s’imprègnent de la sueur du monde

Qu’elles pleurent et se réjouissent au festin des hommes

Qu’elles gémissent des misères, vibrent aux splendeurs

Qu’elles se mélangent à la couleur des peaux, coulent du même sang

Métissez ma sève mon âme, je veux épouser le monde

 

Et vous, et vous,

 

Venez tout contre moi, vous rafraîchir aux sources profondes

Vous repaître de mon ombre, je vous dirais les mystères

Les sorcières sombres, la mare au diable, les femmes fécondes

Les demeures blondes les châteaux les palais l’hospitalité

La douceur de vivre en Berry, la richesse de ce pays

 

Et vous et vous

 

Déracinez-vous !

 

atelier des Trois-Sabots

Haïkus

Un haïku… Qu’est-ce que c’est ? Ce n’est pas un cri de guerre, encore moins un cri de douleur, c’est tout simplement le nom d’une forme poétique que les vents, les nuages et le temps ont transportée de son Japon natal vers nos contrées. On attribue son « invention » à Basho, un poète du 17ème siècle.  Le voyage du Japon à l’Europe a pris environ trois siècles.  Au début du 20ème siècle, le haïku est adopté, domestiqué par les écrivains occidentaux, devenant même une véritable mode dans certains cercles poétiques.

Sa forme ? Trois vers. Dix sept syllabes. Premier vers : cinq syllabes. Second vers : sept syllabes. Troisième vers : cinq syllabes. L’impair, l’impair, l’impair, comme si les japonais avaient précédé l’injonction de Verlaine dans son art poétique : « De la musique avant toute chose / Et pour cela préfère l’impair / Plus vague et plus soluble dans l’air / Sans rien en lui qui pèse ou qui pose… »

Initialement, c’est un poème qui chante la nature, les saisons, les insectes, les éléments, les jardins. Il aurait été dommage de ne pas donner une place au haïku dans un journal qui se veut célébration du jardin sous toutes ses formes.

Voici un florilège (étymologiquement un bouquet de fleurs) de haïkus inspirés par Noirlac et ses entours à quelques manieurs de plumes locaux.

 

  Les vitraux

Transparence obscure

De la lumière diffuse

Pures vibrations

 


Dans les hautes herbes

Disparait le jardinier

Le rossignol chante

 

Les tilleuls bourgeonnent

Dans le ciel passent les grues

L’hiver fait retraite

 

Soupir de l’été

Le sang des coquelicots

L’horizon s’embrase

 


  Noirlac des ciels pour les peintres

Le soleil surgit

Poudre rouge de la brume

 Ciel éclaboussé

 

Traînées chiffonnées

Drapés de toutes couleurs

Palette du ciel

 


  Hiver

Le jardin soupire              

Un parfum de neige dure                                                 

Et claire froidure.                                                           

 

Abeilles d’Ouessant

Et fourmis d’ici ont fui

Hiver est bien là.

 

 

  Printemps

Frisson de soie claire

C’est l’averse printanière

Qui lave l’hiver.

 

Appel des oiseaux

Cerf volant du plein soleil

Qui bleuit le jour.

 

Les tilleuls sourient

Un papillon jaune naît

Sur un vitrail blanc.

   

 

  Eté

Couronne sur les

Toit  de tuiles plates c’est

Un bref arc-en-ciel.

 

Les tilleuls sous un

Nuage de canicule

S’endorment, vieillis.

 

  Automne

Le dortoir s’habille

De deuil et les corbeaux trompent

Sa vie solitaire.

 


Accent circonflexe                                           

Lignes noires sur l’azur                       

Message des grues !                                              

 

Au bord du jardin

Trois brins d’herbe et puis s’en vont

Crisse le criquet 

 

Dessus la margelle

L’oiseau sautille et s’envole

Au solstice d’été 

 

Points noirs sur dos rouge

La promesse du bonheur

Oh ! La coccinelle  

   

atelier des Trois-Sabots

 

Jardins littéraires

De nombreux auteurs ont transformé les jardins en mots, phrases, textes. Des extraits de ces textes vous sont proposés mais ils sont accolés en un grand jardin où vous pouvez vous égarer à loisir.

A – Deux fois par jour, il prenait son arrosoir et le balançait sur les plantes,comme s’il les eût encensées. A mesure qu’elles verdissaient sous I’eau qui tombait en pluie fine, il lui semblait se désaltérer et renaître avec elles. Puis cédant à une ivresse, il arrachait Ia pomme de l’arrosoir, et versait à plein goulot, copieusement .

B – Des lanternes pendaient à tous les arbres comme des fruits de rubis, de saphir et d’émeraude ; des jets de senteur lançaient sous les feuillages leurs fusées d’argent ; l’eau courait dans les rigoles de marbre, et du pavé d’albâtre découpé à jour des kiosques s’exhalait, en légères spirales, la fumée bleuâtre des parfums les plus précieux, qui mêlaient leurs arômes à celui des fleurs.

C-  Les pourpres hortensias timides en leur coin écoutaient les clochettes à l’entrée du jardin. Les galants gardénias dans leurs suaves pourpoints entendaient le doux cri des arbres enfantins. Les charmants géraniums agiles et mutins se lavaient les cheveux tout autour du bassin. Les violettes émues en robe de satin tendrement respiraient le bon air du matin.     

D – Ailleurs, un coin semblait réservé aux espèces communes qui montraient le blanc et le rose proprets de la julienne, tandis qu’un peu plus loin, pressées les unes contre les autres en une véritable plate-bande flottante, on eût dit des pensées des jardins qui étaient venues poser comme des papillons leurs ailes bleuâtres et glacées sur l’obliquité transparente de ce parterre d’eau ; de ce parterre céleste aussi : car il donnait aux fleurs un sol d’une couleur plus précieuse, plus émouvante que la couleur des fleurs elles-mêmes ; et, soit que pendant l’après-midi il fît étinceler sous les nymphéas le kaléidoscope d’un bonheur attentif, silencieux et mobile, ou qu’il s’emplît vers le soir, comme quelque port lointain, du rose et de la rêverie du couchant, changeant sans cesse pour rester toujours en accord, autour des corolles de teintes plus fixes, avec ce qu’il y a de plus profond, de plus fugitif, de plus mystérieux – avec ce qu’il y a d’infini – dans l’heure, il semblait les avoir fait fleurir en plein ciel.

E – Au-dessus,les trois Grâces, portant des cornes d’abondance, rejetaient l’eau par les mamelles, la bouche,les oreilles, les yeux et les autres orifices du corps.

F – Ce jardin n’était plus un jardin, c’était une broussaille colossale, c’est-à dire quelque chose qui est impénétrable comme une forêt, peuplé comme une ville, frissonnant comme un nid, sombre comme une cathédrale, odorant comme un bouquet, solitaire comme une tombe, vivant comme une foule.

G – La forêt soufflait la passion géante des chênes, les chants d’orgue des hautes futaies, une musique solennelle, menant le mariage des frênes, des bouleaux, des charmes, des platanes, au fond des sanctuaires de feuillage ; tandis que les buissons, les jeunes taillis étaient pleins d’une polissonnerie adorable, d’un vacarme d’amants se poursuivant,se jetant au bord des fossés, se volant le plaisir, au milieu d’un grand froissement de branches.

H – Là croissait à plaisir l’oseille et la laitue ; de quoi faire à Margot pour sa fête un bouquet ; peu de jasmin d’Espagne, et force serpolet.

 I – Le jardin macérant dans ses limites forcées, exhalait des parfums onctueux, charnels, légèrement putrides, comme ces liquides aromatiques que distillent les reliques de certaines saintes ; les oeillets couvraient de leur odeur poivrée l’odeur protocolaire des roses, l’odeur huileuse des magnolias qui s’alourdissaient dans les coins.

  J –  Pour la première fois peut-être, se disait Grange, me voici mobilisé dans une armée rêveuse. Je rêve ici – nous rêvons tous – mais de quoi ? Tout, autour de lui, était trouble et vacillement, prise incertaine ; on eût dit que le monde tissé par les hommes se défaisait maille à maille : il ne restait qu’attente pure, aveugle, où la nuit d’étoiles, les bois perdus, l’énorme vague nocturne qui se gonflait et montait derrière l’horizon vous dépouillaient brutalement, comme le déferlement des vagues derrière la dune donne soudain l’envie d’être nu.

Voici maintenant la liste de ces auteurs. À vous d’associer chacun d’eux au passage qu’il a composé.

1Gustave Flaubert Bouvard et Pécuchet ——          

2Julien Gracq Un balcon en forêt ——

3Victor Hugo Les Misérables ——-                        

4Jean de La Fontaine Le jardinier et son Seigneur— 

5Gérard de Nerval Voyage en Orient ——              

6Marcel Proust Un amour de Swann ——

7Raymond Queneau Battre la campagne —–         

8François Rabelais Gargantua ———

9Giuseppe Tomasi di Lampedusa Le Guépard ——

10Émile Zola La faute de l’abbé Mouret —

 

 

Correction

1-Gustave Flaubert Bouvard et Pécuchet —A—-          

2- Julien Gracq Un balcon en forêt —J—-

3- Victor Hugo Les Misérables —F—-                    

4- Jean de La Fontaine Le jardinier et son Seigneur-H— 

5- Gérard de Nerval Voyage en Orient —B—-              

6- Marcel Proust Un amour de Swann –D—–

7- Raymond Queneau Battre la campagne –C—-          

8- François Rabelais Gargantua —E——

9- Giuseppe Tomasi di Lampedusa Le Guépard —I—-

10- Émile Zola La faute de l’abbé Mouret –G