Conversation cocasse

Conversation entre Têtard et Guêpier enregistrée à leur insu dans le bocage de Noirlac par un promeneur solitaire et diffusé sur Radio Berry Sud le 20 mai 2018.

 

T_ Vous voilà de retour,vos chants doux, roulés, répétés m’ont alerté on ne peut pas vous louper avec vos couleurs arc-en-ciel et l’iris rouge de votre œil.

G_Oui je retrouve le bocage et n’ai pas changé la teinte de mon plumage.

T_Quand nous avez-vous quittés, ça me semble si loin ?

G_En août 2017.

T_ Une fort longue absence ! Pour vous rendre où au fait ?

G_L’Afrique, le Sahara, il fait trop froid ici l’hiver.

T_ Mazette ! Ce n’est pas étonnant que vous soyez aussi ébouriffé, vous devez en avoir plein les pattes.

G_Les ailes vous voulez dire, il faut être scientifiquement exact.

T_Et que faites-vous sur ma branche sèche ?

G_ Je guette, je guette….

T_ Mais quoi ? L’endroit est sûr, quel besoin de guetter ?

G_Ma nourriture voyons ; près de vous ça s’envole, ça bruisse, ça bourdonne :hyménoptères, orthoptères, coléoptères, autant de mets de choix pour moi. Et bien vous en faites une trogne !

T_ Bon sang vous n’avez pas peur ?

G_ Nullement rassurez-vous, j’attrape ce petit monde en vol, je rejoins ma branche morte pour déguster mais je suis de nature prudente : je cogne mes proies contre la branche à plusieurs reprises pour enlever le dard et bien m’assurer qu’elles sont devenues inoffensives ; ce que je ne digère pas je le rejette sous forme de pelote.

T_Une pelote ? Une pelote de laine ?

G_Non, soyons sérieux c’est une pelote tout à fait en accord avec ma corpulence de la taille d’une olive.

T_Votre corpulence ? Ce mot ne vous sied guère, vous pesez combien ?

G_Difficile à dire chez les Méropidés on ne connaît pas le mètre ni la toise et encore moins la balance terraillon mais d’après les ornithologues notre poids varie entre 44g et 78, notre taille est d’environ 28cm, notre envergure oscille entre 44 et 49 cm.

T_Dites donc votre alimentation m’intrigue, les cinq fruits et légumes vous vous en moquez ? Pas la moindre petite graine, pas le moindre petit morceau de fruit ou pas la moindre petite baie

G_ Et bien non, j’aime ce qui vole, ce n’est un hasard si je me nomme Guêpier.

T_ Ah ! Pas pensé à ça !

G_Les anglais m’appelle bee eater, pas très exact scientifiquement ; je ne me nourris pas que d’abeilles même si c’est mon mets de prédilection.

T_L’endroit vous plaît ?

G_ Oui, absolument, calme, serein de quoi faire mon nid.

T_Comment ça ?

G_Avec ma compagne et parfois quelques congénères nous creusons une galerie qui peut aller jusqu’à un mètre cinquante de long dans le sable des berges pour nos futurs petits. Dur travail, nous enlevons entre 7 et 12kg de terre.

T_ Par ce temps de pluie quel guêpier ça doit être !

G_ Pardon ?

T_ Quel bourbier! Pardonnez mon erreur. Ces travaux de forage explique sans doute votre bec un peu …disons un peu éraillé. Des petits vous en attendez combien ?

G_Il y aura 4 à 7 œufs dans le nid.

T_Et après la ponte les heureux événements c’est pour quand ?

G_Trois semaines environ.

T_ Vous ne craignez pas d’être dérangé ? Regardez ce troupeau qui batifole, décidément c’est la saison des amours.

G_ Non,je viens d’arriver et dans quelques jours les troupeaux n’auront plus accès aux rives du Cher. Ici on nous aime, on nous cajole, on nous protège. Je ne veux pas paraître prétentieux mais j’ai vu une pancarte dans les tons de vert moussu où l’on parlait de moi, de mon élégance, de ma beauté ; vous comprenez pourquoi je reviens chaque printemps.

 

Têtard : arbre ayant été étêté périodiquement pour le bois de chauffage ( Allier) on dit aussi têteau (Allier ouest, Cher, Indre)

(dictionnaire du français régional du Berry Bourbonnais, P. Dubuisson M. Bonin )

Guêpier d’Europe : passereau, plus petit que le merle et se nourrissant surtout d’abeilles et de guêpes

(dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, P.Robert)

 


Interview du Triton crêté ( Triturus cristatus)

Le 22 mars 2018 aux alentours de l’Abbaye de Noirlac.

Je suis depuis peu journaliste à « La cause des tritons ». Un triton crêté a accepté de me rencontrer après une longue période d’hibernation, six mois environ, passée parmi des racines d’arbres.
Ce surprenant « petit lézard », qui n’en est pas un, a une peau granuleuse, on pourrait dire verruqueuse, grisâtre, brunâtre, ponctuée de points noirs. Il mesure quelque 12 centimètres et l’intérieur de ses pattes est d’un jaune orangé. Ses doigts, cinq à chaque pattes, sont jaunes, annelés de noir, non palmés. Il est doté de deux crêtes, l’une dorsale, l’autre caudale, en effet, il porte une queue, assez longue et aplatie.
Il m’a semblé pressé d’en finir au plus vite avec cette interview ! Je l’ai interrogé à ce sujet.

Triturus cristatus – Je dois trouver, au plus vite, une mare ou une fontaine pour y rejoindre une femelle.

– Quel est votre projet, exactement ?

TC – M’accoupler à elle pour nous reproduire, évidemment !

– Excusez mon indiscrétion, mais comment vous y prenez-vous ?

TC – Eh bien, , vous remarquerez que mes couleurs se sont accentuées, le bleu plus marqué, le jaune plus vif, c’est ma livrée, mon costume, en quelque sorte, que je revêts pour la danse nuptiale que je vais effectuer devant elle : elle est plus grande que moi, certes, mais sans crête, je dois pourtant la séduire, après avoir écarté tout rival !

A cet instant-là, une odeur assez forte a frappé mes narines, elle ne m’était vraisemblablement pas destinée !

– Mais vous avez quel âge ?

TC – Trois ans depuis hier, je suis fin prêt !

Sa crête s’est alors redressée !

– Et après, que se passera-t-il ?

TC – Après,… après nos étreintes, elle déposera des œufs sur des plantes aquatiques, pendant une longue période. Vous savez nous pouvons en produire entre 200 et 300 !

– Et ces œufs, que deviennent-ils ?

TC – Ils vont éclore au bout de deux semaines, puis ce seront des larves dont les branchies se résorberont et des pattes apparaîtront et après deux ou trois mois, nos descendants pourront vivre aussi sur la terre.

– Et vous, que deviendrez-vous alors ?

TC – Oh ! Je mènerai une vie amphibie de six mois, sur terre et dans l’eau.

– De quoi allez-vous vous nourrir ?

TC – D’insectes, de larves de moustiques, d’araignées, de vers et mêmes de larves ou d’œufs de grenouilles, de limaces ou encore de chenilles, je suis un carnivore ! Mais ne craignez rien ! Je n’ai pas de venin, pour votre espèce, je suis parfaitement inoffensif !

– Et vous-même, êtes-vous menacé par des prédateurs ?

TC – Bien sûr ! Dans l’eau, les poissons, sur la terre, les hérissons, les mulots etc…se délectent de nous ! Notre espérance de vie est de dix ans, en moyenne ! Croyez-moi, ma vie n’est pas un long fleuve tranquille ni un chemin dénué d’embûches !

– Avez-vous de la famille, plus ou moins éloignée ?

TC – Oui, les salamandres sont ma grande famille, et certains de mes cousins tritons sont palmés ou marbrés ou ponctués, selon les régions où ils vivent, mais je suis le plus grand.

– Vous portez un nom, célèbre, qui vous fait honneur !

TC – Oui, Triton, dieu de la mer chez les Grecs, était le fils de Neptune et d’Amphitrite, c’est votre espèce qui nous a nommés ainsi !

– Savez-vous que notre espèce, surtout dans le bocage de Noirlac, vous protège , et pourquoi ?

TC – A vous de me le dire, mais je suis pressé, ma belle m’attend.

– En fait, nous devons faire en sorte que vous ayez toujours des espaces aquatiques, et que votre eau ne soit pas polluée par nos produits chimiques !

 

atelier des Trois-Sabots

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s