Poétique en jardinière N°2

Regards croisés

 

Le Nôtre, créateur, régnait sur son jardin

Ses jardiniers castraient la nature rétive

L’œil des passants surpris suivait les arabesques

Des ifs et des buis aux formes géométriques

L’enfant et son cerceau respectaient les allées

Les abeilles cherchaient vainement le nectar

 

Quand un trèfle égaré leur servait de pitance

Le Créateur grondait pour cette négligence

L’enfant parfois piqué voulant cueillir la fleur

Auprès du jardinier cherchait le réconfort

Arbustes et futaies jouissaient du répit

Tandis que le passant mirait la perspective

 

Le promeneur errait entre les labyrinthes

Les abeilles fuyaient, en quête d’orangers

Les topiaires arboraient leurs sculptures bestiaires

L’Architecte admirait son œuvre magistrale

Cisailles, sécateurs claquaient dans l’air du soir

L’enfant aurait voulu jouer à la marelle

 

Les enfants aujourd’hui s’approprient la nature

Les adultes aussi, qui flânent au jardin

Le jardinier observe, écoute le biote

Abeilles en essaims butinent à leur gré

Gilles le Créateur, de nature clémente

Laisse batifoler coquelicots, bleuets

 

Herbes folles dès lors êtes les bienvenues

Têtes blondes jouez avec les papillons

L’architecte Clément joue la diversité

Pour l’œil du promeneur c’est un étonnement

Le miel coulant à flots tel un nectar divin

La friche apprivoisée ravit le jardinier

 

L’horloger des jardins n’est plus un castrateur

Buissons ardents ou non peuvent s’épanouir

Sous les bourdonnements des abeilles mutines

Les rires enfantins des classes botaniques

Les soupirs amoureux que la nature éveille

Le nouveau Créateur a gagné son pari

 


Tilleuls

 

Déracinez-moi déracinez-moi

Grattez frottez mes griffes cramponnées

Depuis trois cents ans, dans la terre, profondément ancrées

Saturées des mémoires anciennes, de secrets fossilisés

De souffrances encapsulées, enkystées

Jusqu’aux rugueuses protubérances de mon corps endolori.

 

Libérez-moi de la gangue qui emprisonne ma sensibilité

Racontez-moi les autres cieux, les soleils qui brûlent

Les neiges éternelles, les glaciers effondrés, les éruptions volcaniques

Les îles désertes, les oasis salvatrices, les tempêtes destructrices, les alizées

Les ocres des dunes, les couchants diaprés

 

Soulevez les voiles de mes paupières immobiles

Endormies dans la guimauve du temps

Faites chanter les couleurs océanes, exploser les bleus électriques

Les rouges sulfureux, les ocres, les briques, les oranges mécaniques

Emmenez-moi sur les plus hauts sommets danser d’extravagants ballets

Cheveux au vent dans la féérie de l’instant

 

 

Déracinez-moi déracinez-moi

Dénudez mes racines tentaculaires

Qu’elles frissonnent vibrent et frémissent

Qu’elles s’imprègnent de la sueur du monde

Qu’elles pleurent et se réjouissent au festin des hommes

Qu’elles gémissent des misères, vibrent aux splendeurs

Qu’elles se mélangent à la couleur des peaux, coulent du même sang

Métissez ma sève mon âme, je veux épouser le monde

 

Et vous, et vous,

 

Venez tout contre moi, vous rafraîchir aux sources profondes

Vous repaître de mon ombre, je vous dirais les mystères

Les sorcières sombres, la mare au diable, les femmes fécondes

Les demeures blondes les châteaux les palais l’hospitalité

La douceur de vivre en Berry, la richesse de ce pays

 

Et vous et vous

 

Déracinez-vous !

 

atelier des Trois-Sabots

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s