Jardins littéraires

De nombreux auteurs ont transformé les jardins en mots, phrases, textes. Des extraits de ces textes vous sont proposés mais ils sont accolés en un grand jardin où vous pouvez vous égarer à loisir.

A – Deux fois par jour, il prenait son arrosoir et le balançait sur les plantes,comme s’il les eût encensées. A mesure qu’elles verdissaient sous I’eau qui tombait en pluie fine, il lui semblait se désaltérer et renaître avec elles. Puis cédant à une ivresse, il arrachait Ia pomme de l’arrosoir, et versait à plein goulot, copieusement .

B – Des lanternes pendaient à tous les arbres comme des fruits de rubis, de saphir et d’émeraude ; des jets de senteur lançaient sous les feuillages leurs fusées d’argent ; l’eau courait dans les rigoles de marbre, et du pavé d’albâtre découpé à jour des kiosques s’exhalait, en légères spirales, la fumée bleuâtre des parfums les plus précieux, qui mêlaient leurs arômes à celui des fleurs.

C-  Les pourpres hortensias timides en leur coin écoutaient les clochettes à l’entrée du jardin. Les galants gardénias dans leurs suaves pourpoints entendaient le doux cri des arbres enfantins. Les charmants géraniums agiles et mutins se lavaient les cheveux tout autour du bassin. Les violettes émues en robe de satin tendrement respiraient le bon air du matin.     

D – Ailleurs, un coin semblait réservé aux espèces communes qui montraient le blanc et le rose proprets de la julienne, tandis qu’un peu plus loin, pressées les unes contre les autres en une véritable plate-bande flottante, on eût dit des pensées des jardins qui étaient venues poser comme des papillons leurs ailes bleuâtres et glacées sur l’obliquité transparente de ce parterre d’eau ; de ce parterre céleste aussi : car il donnait aux fleurs un sol d’une couleur plus précieuse, plus émouvante que la couleur des fleurs elles-mêmes ; et, soit que pendant l’après-midi il fît étinceler sous les nymphéas le kaléidoscope d’un bonheur attentif, silencieux et mobile, ou qu’il s’emplît vers le soir, comme quelque port lointain, du rose et de la rêverie du couchant, changeant sans cesse pour rester toujours en accord, autour des corolles de teintes plus fixes, avec ce qu’il y a de plus profond, de plus fugitif, de plus mystérieux – avec ce qu’il y a d’infini – dans l’heure, il semblait les avoir fait fleurir en plein ciel.

E – Au-dessus,les trois Grâces, portant des cornes d’abondance, rejetaient l’eau par les mamelles, la bouche,les oreilles, les yeux et les autres orifices du corps.

F – Ce jardin n’était plus un jardin, c’était une broussaille colossale, c’est-à dire quelque chose qui est impénétrable comme une forêt, peuplé comme une ville, frissonnant comme un nid, sombre comme une cathédrale, odorant comme un bouquet, solitaire comme une tombe, vivant comme une foule.

G – La forêt soufflait la passion géante des chênes, les chants d’orgue des hautes futaies, une musique solennelle, menant le mariage des frênes, des bouleaux, des charmes, des platanes, au fond des sanctuaires de feuillage ; tandis que les buissons, les jeunes taillis étaient pleins d’une polissonnerie adorable, d’un vacarme d’amants se poursuivant,se jetant au bord des fossés, se volant le plaisir, au milieu d’un grand froissement de branches.

H – Là croissait à plaisir l’oseille et la laitue ; de quoi faire à Margot pour sa fête un bouquet ; peu de jasmin d’Espagne, et force serpolet.

 I – Le jardin macérant dans ses limites forcées, exhalait des parfums onctueux, charnels, légèrement putrides, comme ces liquides aromatiques que distillent les reliques de certaines saintes ; les oeillets couvraient de leur odeur poivrée l’odeur protocolaire des roses, l’odeur huileuse des magnolias qui s’alourdissaient dans les coins.

  J –  Pour la première fois peut-être, se disait Grange, me voici mobilisé dans une armée rêveuse. Je rêve ici – nous rêvons tous – mais de quoi ? Tout, autour de lui, était trouble et vacillement, prise incertaine ; on eût dit que le monde tissé par les hommes se défaisait maille à maille : il ne restait qu’attente pure, aveugle, où la nuit d’étoiles, les bois perdus, l’énorme vague nocturne qui se gonflait et montait derrière l’horizon vous dépouillaient brutalement, comme le déferlement des vagues derrière la dune donne soudain l’envie d’être nu.

Voici maintenant la liste de ces auteurs. À vous d’associer chacun d’eux au passage qu’il a composé.

1Gustave Flaubert Bouvard et Pécuchet ——          

2Julien Gracq Un balcon en forêt ——

3Victor Hugo Les Misérables ——-                        

4Jean de La Fontaine Le jardinier et son Seigneur— 

5Gérard de Nerval Voyage en Orient ——              

6Marcel Proust Un amour de Swann ——

7Raymond Queneau Battre la campagne —–         

8François Rabelais Gargantua ———

9Giuseppe Tomasi di Lampedusa Le Guépard ——

10Émile Zola La faute de l’abbé Mouret —

 

 

Correction

1-Gustave Flaubert Bouvard et Pécuchet —A—-          

2- Julien Gracq Un balcon en forêt —J—-

3- Victor Hugo Les Misérables —F—-                    

4- Jean de La Fontaine Le jardinier et son Seigneur-H— 

5- Gérard de Nerval Voyage en Orient —B—-              

6- Marcel Proust Un amour de Swann –D—–

7- Raymond Queneau Battre la campagne –C—-          

8- François Rabelais Gargantua —E——

9- Giuseppe Tomasi di Lampedusa Le Guépard —I—-

10- Émile Zola La faute de l’abbé Mouret –G

 

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