Une interview de Gilles Clément

Pourquoi préférez-vous dire que vous êtes jardinier avant d’être paysagiste ?

Gilles Clément : « Je suis avant tout jardinier. J’ai suivi une formation de paysagiste et le paysagiste est un peu un architecte, mais il ne construit pas de bâtiments, il construit quelque chose dans l’espace.
Si je dis que je suis un jardinier c’est parce que je préfère parler du vivant que de la construction. Nous, paysagistes, nous travaillons majoritairement avec le vivant.

Les plantes, les arbres se transforment dans le temps, ils évoluent, ils prennent des dimensions que nous n’avons pas prévues. Ils vont faire des graines qui pour certaines vont s’envoler et se former plus loin. Je préfère étudier ce qui est imprévu. Nous sommes dans la vie et la transformation sans arrêt ».

Pour vous c’est quoi un jardin ?

Gilles Clément : « Un jardin c’est le seul lieu de rencontre de l’homme et de la nature où le rêve est autorisé. La plupart du temps dans l’espace public on ne peut pas faire n’importe quoi. Dans le jardin qui est un enclos, nous protégeons une chose que nous estimons précieuse ».

Quel est votre premier souvenir de jardin ?

Gilles Clément : « C’est forcé-ment le souvenir du jardin de mes parents. Dans leur jardin ils faisaient leurs propres expérimentations. C’était un tout petit terrain. Nous allions acheter avec ma mère des plantes dans une pépinière. Une fois, on nous a dit : ceux-là se sont de petits conifères nains. Eh bien ils sont devenus géants. Même le pépiniériste de l’époque ne savait pas trop comment se comportaient les végétaux ».

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

Gilles Clément : « J’ai choisi ce métier parce que les autres métiers ne me paraissaient pas bons pour moi. Quand je suis arrivé en seconde il y avait des cours de sciences naturelles, et là j’avais de bons résultats. Ma professeure m’a dit : il y a un métier qui existe, c’est le métier de paysagiste. Je me suis dit : c’est ça qu’il me faut. À partir de ce moment-là j’ai eu de bonnes notes partout, mais j’avais déjà redoublé trois fois. Avant je ne savais pas pourquoi on me faisait travailler. Quand on sait où on va et pourquoi on fait ce qu’on fait ça ne pose plus de problème. On devient excellent ».

Comment avez-vous imaginé le jardin en mouvement ?

Gilles Clément : « Mais je ne l’avais pas du tout imaginé. Quand j’ai pu acheter un terrain, j’ai fait des expériences que je ne pouvais pas faire chez mes clients. Là, je pouvais prendre le risque de gérer autrement. Ma décision de gérer autrement est venue à partir du moment où j’ai dit : je ne vais plus tuer les insectes, les taupes, les vers de terre, enfin je ne vais plus rien tuer. On nous avait appris à tuer avec des tas de produits. On jardinait contre, on taillait, on coupait, on enlevait mais on ne jardinait pas avec. Moi je m’intéressais aux insectes et je me suis demandé pourquoi il fallait tuer ? J’ai observé les insectes, les oiseaux et aussi les plantes.
Il y a des tas de plantes qui ne vivent dans le temps que par les graines. Les plantes annuelles font des graines et elles meurent. La graine va se ressemer plus loin. Parfois elle se ressème au milieu d’un passage qu’on a aménagé. Et pourquoi serait-elle mauvaise ou moins belle parce qu’elle occupe le passage ? Évidemment non, alors je la garde, je change mon chemin de place. Ça, c’est le jardin en mouvement, et il vient du déplacement physique des espèces sur le terrain. En résumé : on va avec et pas contre ».

Quel est l’outil le plus important pour vous ?

Gilles Clément : « C’est la main. Après il y a des outils dont on ne peut pas se passer, comme le sécateur, mais il est dans la poche, la main est l’outil principal ».

Pourquoi peut-on parler de jardin planétaire ?

Gilles Clément : « Il y a trois raisons. D’abord le brassage. Le premier jardin quand les populations se sont sédentarisées c’était un enclos, un espace protégé. L’homme amenait alors les plantes dans l’enclos. Il cultivait ces plantes. Quand l’homme a eu de plus en plus de facilité pour voyager, il est allé chercher les plantes de plus en plus loin. Il a traversé les océans. Les pommes de terre, les tomates… viennent de très loin.
Mais il y a aussi des plantes qui s’échappent du jardin qu’il soit potager ou ornemental. Aujourd’hui sur la planète vous rencontrez des capucines du Mexique en Nouvelle-Zélande. Il y a donc des espèces qui sont ensemble et qui ne l’étaient pas avant. Ça donne lieu à des écosystèmes émergents. La deuxième raison c’est la couverture anthropique. Aujourd’hui, où que vous alliez sur la planète, vous avez des humains partout.
La troisième raison c’est l’enclos. La planète est un support de vie, la vie se développe dans l’eau, dans la biosphère il y a de l’eau partout. Nous sommes dans un enclos, dans un jardin. Donc la planète est un jardin. Et donc tous les habitants de la planète sont des jardiniers. Tous les gestes que vous faites ont une action sur la biosphère ».

Installez-vous toujours des puits et des mares dans vos jardins ?

Gilles Clément : « Il y a toujours de l’eau sous forme visible. Mais je ne fais pas toujours ce que je veux. Je me souviens d’un jardin que j’avais conçu à Paris où il y avait une mare. Un jour j’ai trouvé une grenouille morte parce que l’eau avait été traitée, je n’étais pas au courant, mais le client voulait une eau propre. Dans un jardin la propreté ça ne veut rien dire ».

 

propos recueillis par les élèves de l’école Jules-Ferry

 


A quoi ressemble le jardin de Gilles Clément ?

 

« Mon jardin ressemble à une clairière avec un petit ruisseau. Le terrain est en pente. Quand on se promène, on ne fait que monter et descendre. C’est entouré de forêt. Il y a beaucoup de végétaux que j’ai plantés et qui poussent naturellement. J’ai aussi laissé certaines plantes qui étaient là avant. Il y a aussi un potager. »

 

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